Dans un pays d’Afrique où sévit l’apartheid,
Un homme blanc de peau débarque de Suède.
La nuit tombe, il est tard, et il se met en quête
D’un lit pour sa nuitée , d’une pension honnête.
Il frappe à chaque porte et se trouve éconduit:
Partout, à chaque gîte, un portier fort poli
L’informe que l’hôtel est pour ce soir complet!
Il se heurte au refus de tous les hôteliers.
« Désolé, cher Monsieur: pas une chambre libre! »
Il sent alors en lui la colère qui vibre!
Ma foi, que faire alors? Où aller maintenant?
Il ne peut décemment pas dormir sur un banc!
Heureusement pour lui, la chance lui sourit.
Au fond d’une ruelle, il avise un boui-boui,
Masure innomable, triste comme un cercueil:
Misérable hôtel borgne: on n’y dort que d’un oeil.
Souriant, il s’adresse au réceptionniste,
Sûr de lui, cette fois, qu’il tient la bonne piste.
Mais son enthousiasme est de courte durée:
La blancheur de sa peau l’empêche de nuiter!
« L’Hôtel est réservé aux nègres », lui dit-on.
Il a recours alors à une solution:
Il se peint la figure avec du noir cirage.
Grâce à ce subterfuge, il pose ses bagages.
Le portier l’enregistre et prend congé de lui.
Le voyageur alors le retient et lui dit:
« Je dois prendre le train demain très tôt;
A six heures cinquante, éveillez-moi presto! »
La nuit passe. Au matin, le groom se précipite
Dans la dite chambre, la mine déconfite:
Il est beaucoup plus tard que six heures cinquante
Et bientôt , le train part, à huit heures tapantes.
La touriste angoissé bondit hors de son lit,
Saute dans ses habits, inquiet et ahuri,
Empoigne sa valise et vite met les bouts,
Comme un sprinter, il court; il court comme un chien fou.
Heureusement pour lui, il monte dans le train
Au moment du départ. Il peut s’asseoir enfin!
Il se sent soulagé! Hélas , un contrôleur
Lui rappelle la loi: « Pour les gens de couleur
Ce train est interdit: on n’admet que les Blancs!
Allez, oust! Déguerpis! Respect du règlement! »
« Qu’à cela ne tienne, se dit le voyageur,
Je dois de mon visage, enlever la noirceur. »
Il a beau se frotter du coin de son mouchoir,
Il reste noir de suie, désespérément noir.
« Pourquoi? », demandez-vous. « Pourquoi ce noir visage? »
Parce que le portier s’était trompé d’étage!